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Chapitre 9: Infertilité

 

 

Je profite de cet article pour remercier infiniment mon médecin traitant, il a toujours été là pour moi. Aujourd'hui sans lui, je ne serai pas là.

Dans les moments difficiles, il m'a écoutée. Il ne m'a jamais jugée. Il a juste fait ce dont j'avais besoin. Alors il n'a pas toujours été parfait, car quand on s'attache à un patient on s'affole, on doute plus que pour d'autres. Je connais ça. Mais j'ai l'impression que c'est une bonne chose, car c'est le seul à qui j'oserai tout dire. Je n'ai aucune honte. Quand je suis face à lui je me sens juste moi, heureuse ou malheureuse. Sans artifice. Et ça me fait du bien. Et mal à la fois. Se regarder dans son regard. Il remplace pour moi les conseils d'un père. Je peux pleurer, rire ou le taquiner. Alors merci Dr L.

C'est aussi lui qui m'a annoncé que je ne pourrai plus avoir de bébés.

La prise de sang était mauvaise. Il m'a aiguillé vers un grand spécialiste du Chr. Un professeur. Et le constat en trois minutes a été fait. Il y avait des synéchies. Dues à l'aspiration surement un peu trop appuyée du curetage. Ces synéchies bloquaient. Pour lui, je n'aurai jamais d'enfants de manière naturelle. Il fallait demander l'avis d'un chirurgien après des examens plus approfondis. Mais - n'ayez pas trop d'espoirs, pour moi vous ne pourrez pas avoir d'enfants.

-Au revoir, bon courage madame. 

Je voulais me battre. Etre certaine. Je voulais faire les examens. L'hystérosalpingographie. L'échographie etc. J'ai pris rendez vous dans un cabinet de radiologie. J'ai été très mal accueillie. Et la bonne femme incompétente m'a arrachée de la muqueuse de la trompe. -Vous n'allez pas chouiner en plus. Je me suis étendue dans la salle d'attente. J'avais mal. Et j'ai appelé mon mari. Il est venu me chercher. Et les clichés des synéchies. Je n'ai rien à ajouter. Je ne crois pas que ce soit de la malchance, je crois que le milieu médical est profondément malade. Nous ne sommes plus rien pour certain. J'ai fait de mauvaises rencontres qui ne méritent pas le nom de docteur. D'autres qui m'ont offert bien davantage.  Mais cette radiologue devrait rester devant ses radios. Et ne parler et toucher personne. Il n'y a pas de honte à être incapable, être médecin ce n'est pas se prendre pour Dieu, ce n'est pas être Dieu, mais l'on peut s'approcher du diable quand on ne connait plus les limites.

Et voilà ma rencontre avec le chirurgien, le dr C. Il a regardé les clichés et m'a dit, il n'y a pas de soucis on va les enlever, et tout ira bien. On se revoit pour l'intervention. Je revois son bureau, ses yeux, bienveillants, rassurants. Ma peine s'est soulagée. J'ai eu l'espoir. Que finalement on y arrive.

Tout ce temps, personne ne nous a soutenu. Ah cette foutue nature, elle est sensée faire bien de choses. Mais moi la nature ne m'a fait aucun cadeau. Je me suis battue pour vivre, et pour avoir ce que j'ai. Je n'ai pas confiance en elle. Laisser faire la nature c'est du suicide me concernant.

L'opération s'est mal déroulée. Il a perforé mon utérus.

Mon mari qui fait un malaise, mon frère qui pleure, ma mère qui hurle.

Je ne voulais plus jamais voir le Dr C. Et pourtant, je l'ai fait un mois après. Avec mon mari. Qui fut le seul à me soutenir. J'avais peur, j'avais de la colère. J'avais peur de ce qu'il allait me dire. - Je suis désolé, c'est la première fois que je perfore, je ne comprends pas. Mais on va regarder. Je peux vous aider. Et là j'ai eu confiance. Dans l'homme. Rien de rationnel.

Et il a fait un examen, et il m'a dit il y a assez de place pour un bébé. -Pourquoi voulaient ils que j'enlève ses synéchies?  Et là, j'avais de la rage. D'avoir traversé toute cette merde pour entendre que mécaniquement mon ventre avait la place. La place pour un bébé. J'étais si heureuse. Heureuse. Et il m'a donné un traitement, testé mon mari sur sa fertilité ( car oui, personne ne l'avait fait, l'infertilité c'est forcément la femme.) et m'a donné un rendez vous un mois après pour en reparler.

C'était au mois d'aout.  On avait acheté une maison. On la retapait de A à Z.

Il faisait chaud.

Tous nos proches étaient en vacances. 

Mon mari est revenu de son test. Et le lendemain, une croix est apparue. Une croix bleue. Seule dans ses toilettes. Je la voyais. La croix bleue. Le dr C avait raison, ca pouvait marcher. La croix était là. J'ai téléphoné à mon mari qui travaillait dans notre nouvelle maison. Je lui ai dit - si ca fait une croix qu'est ce que cela signifie? 

- Tu es enceinte. 

Ca y est, il me l'a dit. Je suis enceinte pour de vrai. Je ne suis plus porteuse du mot le plus affreux en tant que femme, l'infertilité.