A4E2691F-B8B0-47DD-8A36-2E8D8985634E-235-0000008E57CA5925

 

 

 

Chapitre 12: Mélancolie et fierté

 

 

Ce chapitre est un chapitre difficile à écrire pour une femme comme moi, pour une mère que je suis devenue. Une femme triste parfois, et femme heureuse souvent. Mais avec ses failles. Des failles que je dois en partie à une enfance compliquée, toxique. Je ne dis pas que tous tes malheurs sont liés à tes parents. Me concernant c'est le cas. Je crois que cela a fait de moi pendant des années un pantin, une poupée de chiffon. Une marionnette. Qui ne connaissait pas sa propre voix. Son propre texte. Je me suis retrouvée vide de sens. A suivre des règles ridicules. Une famille absurde. A devenir la mère de mon frère. A devenir la victime du type violeur. Séducteur. J'ai effacé qui j'étais pendant 20 ans. Et parfois j'ai encore besoin d'aide médicale, pour ne pas céder à mes vieilles habitudes. De plier. De souffrir car c'est mon travail de fille.

A t on un travail, un rôle de fille? 

Quel parent ose demander à son enfant autre chose que vivre sa propre vie? 

Mon rôle ce n'est plus un secret c'était d'être la bonne fille. Je devais être ce que l'on attendais de moi. Avec des messages parfois contradictoires. Avec cela, j'ai developpé des compréhensions implicites extraordinaires. Quand c'est le cas, vous oubliez vos besoins. Vous passez votre temps à analyser les besoins non tacites de l'autre. Ma mère est une professionnelle de l'implicite. Mais pas de celui que tout le monde comprend. Celui que seule moi peut comprendre. Aucune phrase de l'extérieur ne peut-être interprétée autrement. Elle sait que seule moi peut comprendre. Le double sens. Le secret de ce deuxieme langage. Ce langage de merde. Un langage qui a créé en moi comme un second surmoi. Ou plutôt elle avait anéanti mon surmoi. Mon surmoi c'était elle. Je l'entendais dire oui. Non. A ma place. Sans qu'elle ouvre la bouche. Son regard, son souffle suffisaient à ce que je comprenne que je me trompais. Que je l'avais trahie. Je ne pouvais pas acheter de vêtements féminins, ou du style que je souhaitais sans entendre -tu as encore dépensé de l'argent- -moi je ne peux pas- -tu me fais du mal - -tu voulais me faire du mal en fait- -alors que moi je suis là comme ça à m'occuper de vous-. Et là c'était le silence. Elle ne me parlait plus pendant des jours. Pour un collier. Un mot. N'importe quoi. Ce qui l'arrangeait. Ce système fonctionne avec absolument tout. Tout. Sa voix était ancrée dans ma tête. Plus besoin de dire. J'entendais.   

Je ne pourrais jamais comprendre comment une maman peut se rendre aussi toxique pour ses enfants. Je me fous de son enfance. Franchement je me fous de son enfance. On peut travailler et braver toutes les épreuves pour ses enfants. On peut choisir. D'être victime. D'être bourreau. Elle se croit victime. Mais elle est bourreau. Et je trouve toujours cela intéressant, de voir des gens se plaindrent et faire tant de mal aux autres. Je crois profondément que l'on peut vivre avec ses blessures. On peut. Et je suis aussi très claire sur mes propos concernant les enfants. On doit être adulte pour savoir élever un enfant. Pas pour l'élever correctement ou parfaitement. C'est utopique et puis malsain. Mais pour les aider à grandir, les aider à comprendre qui ils sont. Leur montrer les différentes voies qui existent. Mais écouter la leur. Ne pas les briser. Explicitement. Ou implicitement. Savoir être l'adulte et non pas l'enfant , la femme trompée, trahie ou autre. Je suis désolée, je pourrais pas comprendre qu'avec l'amour pour ses enfants on ne puisse pas faire autre chose que les rendre coupable d'un mariage raté. Ptet tu as jamais connu l'amour. Mais tu sais je m'en fous. Un mari ce n'est pas sa fille. Je ne suis pas coupable de ce que tu as choisi.

Je ne n'ai pas accepté d'avoir un fils, avec la peur qu'il ait le sida. Avec un mari en pleurs car il avait peur de l'avoir dans ses rencontres fugaces.  

Je ne suis pas restée avec un homme sexuellement dérangé.

Je ne suis restée avec un homme qui faisait du mal à mes enfants. Qui ne m'aimait pas. 

Je n'ai pas accepté qu'il soit douteux avec sa fille. Moqueur. Son rire.

Je n'ai pas voulu être complice avec lui. 

Tu as été complice avec lui. Tu as choisis. Ce n'est pas ça être une victime. Tu as voulu rester avec lui. Alors tu peux me dire, ton frère et toi - vous vouliez que je reste à la maison. Tu peux me le dire dans les yeux. Et comme d'habitude je te répondrais que j'étais une enfant. Et que je ne voulais pas rester seule avec lui. Que je voulais que vous soyez adultes. Que vous parliez sans nous. De vos problèmes. Il n'y avait pas d'amour entre ces deux personnes, tour à tour mes bourreaux. Je ne pouvais rien faire contre cela. Ils s'étaient trouvés là dessus. On peut sacrifier les enfants à l'intérieur de la maison. Et faire semblant à l'extérieur. Je dois vous reconnaitre ce talent. Bravo. Ce n'est pas donné à tout le monde d'être tellement malsains. Vous avez réussi ça. A le cacher 33 ans. 

Le jour de la naissance de mon fils, un jour merveilleux ensoleillé. Ils sont venus séparément. Ils m'ont volé le moment et la vedette. Je voulais que mon fils soit un petit miracle dans un tunnel tout noir. Et ils ont choisi ce jour pour montrer leur séparation. Ce jour là. Et à lui de me rajouter - les bébés ça sert à rien.

Ce bébé là il sert pas à rien. Ce bébé ne te connaitra pas. Je me battrai pour qu'il ne t'approche jamais. Mais je ne lui cacherai rien. Aucun secret. Aucun langage implicite. Rien de flou. Que des mots clairs et transparents.

Face à elle, je ne la laisse pas avoir de l'emprise sur lui. Elle a essayé. Mais il est très fort. Il a tout de suite compris son jeu. Et il lui répond, il ne se laisse pas faire. Mon psychiatre m'a dit votre fils est équilibré, il ne tombera pas dans son jeu, quitte à ce qu'il y ait rupture. Rassurez vous.

C'est une phrase que je me répète souvent. Avec mélancolie et fierté.  Il est heureux et équilibré. Mon fils. Je me débats avec le noir pour lui. Pour être la mère que je souhaite être. Présente, avec des valeurs morales, mais pas immuables. Le monde change, les idées aussi heureusement.  Il faut suivre ce monde et s'adapter à lui, et savoir être à ses cotés. Lui donner les clés de sa vie. La sienne. Et je serai toujours immensément fière d'être sa maman et d'avoir participé à sa vie. De lui avoir donné le crayon pour commencer à écrire son récit.

Avec mélancolie et fierté, je vous enterre mes chers parents. Vous avez réussi à la naissance de mon fils à me blesser une ultime fois. Ce fut la dernière. Je pose une fleur sur la tombe de mon passé avec vous. Je prie. Et je vous laisse à vos tourments. Je ne vous souhaite pas de mal. Je vous souhaite au fond de trouver une sorte de paix. Loin de moi. 

Je respire à la fenêtre l'air humide du brouillard d'automne. Je pleure. Je ressens le passé. Et je respire l'avenir. Entre mélancolie et fierté.