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Chapitre 13: Je viens de là

 

 

Ce soir, il fait gris, mes hommes sont partis. J'ai envie d'écrire. Mais j'ai cette impression folle que j'ai trop de choses. Que je ne verrai jamais la fin du passé. Que j'entendrai toujours les mauvais mots dans ma tête. Que je voudrai partir. Respirer. Revenir d'ou je viens. 

Mais je ne peux pas. Je ne peux pas me retrouver dans les bras de ma mère. Doux et rassurants. Ils n'ont existé que dans ma tête.  Je ne peux pas me retrouver dans les bras de mon père. Forts et accueillants. Ils n'ont existé que dans ma tête. 

Tous les sentiments d'amour je les ai créés dans ma tête. Je les ai modelé comme je pensais qu'ils devaient être. Mais on ne me les a pas montrés. J'aimerai retourner sur un sol, sur une tombe. Pouvoir me recueillir. Dans une bulle qui me réconforterai. Qui me dirait - Tu as fait ce que tu as pu. -Tu fais bien. -  Tu as du courage.

Je n'arrive pas à me dire que je suis là. A cacher à tout le monde ce que je suis. Une fille de personne. Une fille qui a eu tellement d'imagination, qu'elle a tout refait, elle a pensé à des valeurs. J'ai tellement réfléchi. Refléchi. Je suis un masque.

Blanc.

Je me rappelle de toi, maman, odieuse, méprisante, égoiste. Je te déteste pour ça. Je me rappelle de toi maman, me dénigrer. Je me rappelle de toi regarder mon corps et te moquer de mon ventre. De toi me dire ce rouge à lèvres te rend dure. - Mais je suis dure. Que les chaussons rigolos que mon mari m'a offert sont moches. Peut être. mais ils ont un sens. Un sens pour moi. De jolis licornes. Pleines de rêves et  d'arc en ciel. Ce symbole ce n'est pas n'importe quoi. Ce n'est pas moche. C'est beau. C'est beau. A toi de me dire -c'est bien que tu aies des kilos en trop, tu ressembles à une femme au moins. -bon moi je suis plus mince évidemment. - Tu es un peu bouffie.- Et moi je séduis des hommes.

Moi je ne séduis personne.

J'ai jamais réussi à séduire personne. Je suis toujours restée moi même. Une fille qui passe. Avec ses idées. Ses arguments. Alors c'est vrai je ne suis pas LA femme. Je suis parfois un peu à part. J'aime les pantalons, j'aime les baskets, j'aime les choses bizarres. Je ne suis pas celle que tu es. Les jupes courtes. Les trucs de femmes séductrices. Je n'ai jamais voulu être un appât. J'étais déjà le tien. Je revois ton rire quand un jour on a cru que l'on était soeur. Et le gout de vomi dans la bouche.

Et la phrase qui a détruit pour toujours notre relation. - toi tu n'as jamais été trahie. C'est pire que ton viol.

Apres cette phrase, je crois que tout s'est vidé en moi, pour toi. Je ne t'aime plus comme avant. J'ai compris que je n'avais que de valeurs de te servir de comparatif. J'ai su que je ne ferai plus rien pour toi. Que je ferai semblant. 

J'aimerai avoir une racine quelque part. Elle n'est pas avec toi. Elle n'est pas avec lui. Puis je devenir une personne bien, sans racine? J'ai contruis ma famille. Et ca je te le mets devant ta gueule tous les jours. Et je crois que tu es jalouse. Jalouse.

Mes hommes sont rentrés. Je le regarde. Je respire. Je pense à nos vacances à la mer. Je pense à la mer.

Vos odeurs ensablées. Vos corps qui courent sur la plage. Vos yeux qui brillent. Le soleil sur mon visage. Ma mélancolie qui s'enfuit à chaque vague. Le vent. Le vent. Les dunes. Les coquillages qui craquent sous mes pieds. Mes angoisses s'en vont. Mon passé se noie. Pour me laisser rêver. 

Je ne viens pas de ma famille de naissance. Je viens du seul endroit qui nous appartient, et qui efface les larmes. Je viens de la mer. De la mer avec eux. D'un no man's land. Du zéro. Je viens de là.