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Chapitre 6: Brisée

 

Je voulais commencer ce billet en vous remerciant pour vos messages concernant le chapitre mon viol. Je savais que l'écrire serait compliqué. Pour moi et pour vous tous. N'ayez aucune colère, aujourd'hui la mienne est partie. Je me suis pardonnée. Car on ne pardonne que soi. On ne pardonne pas l'Autre. Battez vous pour garder votre corps. Ne le laissez à personne. Il est à vous.

 

Lorsque mon mari est entré dans ma vie, au départ tout s'est emballé. L'amour. Je n'étais plus seule.

Mais mon mari était un peu plus jeune, nous étions gosses finalement. Je lui ai dit toute suite que j'avais été violée. Et que j'avais un blocage. Que je ne pourrais pas avoir pas avoir de rapports avec lui avant d'être certaine qu'il était sérieux. Je me suis dit si il m'attend, c'est qu'il m'aime. 

Le temps passait. Et j'avais l'impression que je n'y arriverai pas. 

Alors je lui disais, avec les seuls mots que je pouvais sortir de ma bouche. Désolée, je peux pas. Excuse moi.

J'avais peur d'avoir mal, j'avais peur de revivre le viol avec lui devant moi. J'avais peur de pleurer. Peur de revoir le sang. Peur de me forcer. Peur qu'il ne me quitte après. Peur d'être abandonnée L'acte une fois terminé. Je te promets je ne voulais pas ça. 

Mon mari n'avait jamais eu de relation sexuelle avant moi. Je ne voulais pas lui gâcher ce moment. Celui que l'on m'avait pris. Celui où tout l'amour qui unit deux personnes est plein de tendresse, de caresses de jouissances et de bonheur. Ce moment doux où l'on sent le corps de l'autre. On n'a plus jamais envie de  partir de ce chaud et douillet cocon. On a plus envie que la merde de la vie nous aspire. On est avec notre Lego.

Des mois ont passé.

Et tu es parti avec tes amis en Espagne. 

Je me suis retrouvée chez mes parents, avec son lot de problèmes quotidiens. Sous l'emprise. Les repas criés, les menaces implicites et explicites, la violence sans bleu au corps. Avec un homme à la fois absent et omniprésent, un homme qui ne mérite pas vraiment son appellation, un pauvre type. Qui me dégoute. J'ai tant donné pour lui. Je me pliais en quatre, aux volontés, aux potentielles volontés, aux ordres, aux souhaits, à ce que je pensais être bien. 

Je remercierai toujours mon psychiatre de m'avoir appris qu'il n'y a rien de bien. Il n'y a rien de bien. On ne doit pas faire le bien. On fait ce que l'on veut et peut. On ne doit pas. Il y a juste un mal. Des choses douloureuses, légalement interdites et punissables. Merci à lui. Il m'a sauvée en m'apprenant cela. 

Mais à ce moment là, lui et moi ne nous connaissions pas.

À ce moment là, mon psychisme aussi battant qu'il soit n'y arrivait pas. Je rentrais dans le jeu de mes parents. Je rentrais dans leurs névroses. J'écoutais leurs histoires, leurs traumatismes, leurs disputes. Je n'étais ni une fille ni rien. Je n'avais pas de place si ce n'est celle de psychologue de comptoir ou de médiateur de couple. Il faut imaginer que je ne supportais plus les crises. Leurs disputes, explosives ou sous jacentes. Les repas tendus. Mon frère et moi ne pouvions rien faire, ni sortir, ni rire, ni faire quoi que se soit. Le repas n'était plus préparé.  Je ne le supportais tellement plus que j'essayais de les aider à se réconcilier. Mon frère avec l'un, moi avec l'autre. À essayer de les raisonner. Des heures de discussions. Et ma mère, nous faisait payer tout cela.

Elle nous enfermait avec elle. Il fallait faire des sorties pour lui faire plaisir. Il fallait être soudé à trois. Sauf que la seule personne avec laquelle j'étais soudée était mon frère. Elle nous empêchait de vivre. Elle pouvait ne plus nous parler pendant des jours, sans raison, ou parce que l'on avait demandé pour aller voir une copine. Et pour que tout cela se termine, il fallait dire pardon. Pardon d´avoir voulu te laisser. Pardon d'avoir voulu vivre ma vie. Tout était trahison.

Sa putain de trahison à la con.

Je l'ai trahie en me faisant violer, en ayant de mauvaises notes, en partant au cinéma avec mes copines, en m'achetant de nouveaux habits, en grandissant, en ayant des idées, en ayant potentiellement un avenir meilleur que le sien. En ayant un corps plus jeune, qu'elle rabaissait. Il fallait qu'elle soit plus belle, plus mince, qu'elle essaye mes habits. Une concurrence dont je n'ai jamais été dupe. Et je la détestais pour ça. Alors qu'elle ne se sente pas bien dans son corps, qu'elle se sente en danger avec les autres femmes avec lesquelles il fricotait, je m'en fous. Même si j'ai vite compris cela, j'ai aussi vite compris que l'on ne faisait pas ça à sa fille. On trouve sa fille belle. On a envie qu'elle le soit.  On ne joue pas avec elle.

Alors celle qui a été trahie. C'est moi. Trahie par une mère bouffée par un type à la con.

Elle te dirait l'inverse bien sur. C'est aussi une grande manipulatrice victime de sa vie. Pour ma part, je ne serai jamais victime. Je te le dis je me suis toujours battue, avec les mauvaises armes c'est vrai. Il m'aurait fallu une hache, un couteau tranchant, pas de l'amour. Pas de l'amour pour des parents incompétents. Mais je reste persuadée que les enfants aiment leurs parents. Je les aime toujours. Mais le passé restera toujours en moi. Je ne pourrais jamais oublier. Je ne veux pas. Aujourd'hui j'ai coupé les ponts avec ce type. Trop de souffrances. Il est parti en plus de tout ca ce connard. Et moi aussi, je suis partie. Je ne veux plus qu'il m'approche. Je ne veux plus de lui dans la vie. Il m'en a trop fait.

Avec la hauteur du temps, et du travail si dur que je menais dans un centre d'aide, ca parait fou d'avoir accepté tout cela à vingt ans. Mais l'emprise vous fait faire des choses terribles. Et tu en es toujours la coupable. Coupable de laisser ta mère seule alors que tu t'amuses. Coupable d'avoir énervé ton père, tu sais qu'on est dimanche, coupable de discuter alors qu'il y a rugby à la télé, coupable de pas faire des études qui rendent fiers, coupable d'être toi au fond. Coupable de rappeler qu'ils ont un secret. Un secret finalement tellement banal aujourd'hui, il la trompe. Je suis bien sur, compatissante de la douleur de ma mère à ce sujet. Mais je ne pourrais accepter aucune explication, excuses ou autre bafouilles, rien ne justifie de rendre sa fille coupable de tout, traitre et confidente à la fois. Je n'ai jamais su en vingt ans comment me comporter. Je n'ai jamais su qui j'étais. Qui j'étais n'était pas ce qu'il fallait. Ca je le savais.  

Cette période, heureusement je travaillais l'été. Sans mon mari, loin, je crois que je serais devenue folle.

Mon mari est rentré. Je l'ai vu. J'ai senti son odeur. Et nous avons marché après le repas dans la campagne, j'ai un souvenir merveilleux et tendre de ce moment. Je sentais mon mari amoureux. Je me sentais belle. Je portais une robe bleue. Je l'aimais tellement. Je me rappelle rire de ces histoires de vacances, lui décrire les gens de mon boulot, en rire, en rire, et de ses bisous tendres, doux mais doux...

Ce soir là, j'ai compris ce que c'était de faire l'amour.

Ce soir là j'ai compris que l'on pouvait être aimée et heureuse par un homme sincère. Et que le véritable amour, ce n'est pas la possession, coucher, gueuler, douter. C'est se laisser être.

J'ai su qui j'étais en posant ma tête sur son ventre. J'étais sa femme. Et avec lui, j'allais apprendre à être heureuse. Heureuse et brisée.